NÉPAL

NÉPAL

Le Népal est le plus grand des royaumes himalayens qui ont subsisté entre le monde indien et le Tibet. Il s’étend sur 147 000 kilomètres carrés et sa population compte environ 18,5 millions d’habitants au recensement de 1991. Le pays est célèbre par la beauté de ses paysages et la très grande variété culturale qu’il doit à sa position. Il possède les plus hautes montagnes du monde, mais la plus grande partie de la population est concentrée dans des régions basses, plaines bordières et bassins intra-montagnards. Sa structure géographique est dominée par la disposition des éléments du relief, et l’étagement domine l’organisation des activités.

Du point de vue historique, le nom de Népal ne s’applique qu’à la haute vallée de la Bagmati et à quelques districts extérieurs; le reste du territoire népalais moderne y fut ajouté par les conquérants G rkhal 稜 à la fin du XVIIIe siècle. La vallée fut primitivement occupée par des populations d’origine inconnue, génériquement appelées Kir ta; quelques termes obscurs dans les plus anciennes inscriptions semblent être les seuls vestiges de leur langue. Dès le IXe siècle, les Newar, de langue tibéto-birmane, devinrent le peuple dominant. Après 1768, ils furent rejoints par les G rkhal 稜 (ou Gurkha) de langue indo-européenne. Le bouddhisme y pénétra de bonne heure, et le Népal est avec le Bhoutan le seul pays de civilisation indienne où la religion du Bouddha est encore vivante, sinon florissante. Cette influence indienne est particulièrement sensible dans les productions artistiques, qui n’en conservent pas moins un caractère original. Bien protégé par les montagnes et les jungles pestilentielles du Teraï, il resta à l’écart des invasions musulmanes (avec une seule exception), et, au début du XXe siècle, il était encore un échantillon presque pur de ce qu’était l’Inde ancienne, bien que possédant des caractéristiques locales très marquées.

Aujourd’hui le royaume du Népal, entre la Chine et le sous-continent indien, en pleine transformation, commence lui aussi à s’ouvrir aux influences extérieures et à la civilisation industrielle.

1. Un pays de hautes montagnes

Architecture d’ensemble du pays

L’armature morphologique du pays est construite selon des lignes assez simples, et s’organise en bandes longitudinales, orientées de l’ouest-nord-ouest à l’est-sud-est. Du sud au nord on rencontre six régions bien distinctes.

Le Teraï est une plaine basse, qui fait partie de la grande plaine du Gange. Elle comporte des terrasses alluviales, mais aussi des bas plateaux caillouteux. Les eaux qui s’infiltrent dans ceux-ci ressortent en une ligne de sources, qui alimente des marais. Ceux-ci font de certaines parties du Teraï des régions malsaines, où la malaria a longtemps exercé des ravages. Elles sont restées faiblement peuplées et couvertes de forêts assez denses.

Les Siw liks constituent une première chaîne de montagnes basses, culminant à environ 2 000 m (monts Bhabar et Churia). Elles sont formées de crêtes alignées suivant l’axe ouest-nord-ouest-est-sud-est, entre lesquelles s’inscrivent des dépressions allongées, connues sous le nom de duns .

Au nord, une première chaîne vraiment himalayenne domine les Siw liks, avec des sommets qui dépassent légèrement les 3 000 m: c’est le Mahabharat Lekh, que l’on rattache généralement à l’axe du Moyen Himalaya. Les sommets ont des formes assez lourdes et ne sont pas alignés en axes continus. Les vallées transversales ont creusé dans la chaîne des vallées profondes dont l’altitude est comprise entre 400 et 600 m. Ces gorges aèrent vigoureusement le relief et donnent à la région son caractère montagnard.

Plus au nord, sur une largeur de 60 à 100 km, s’étend le Moyen Pays, expression que l’on peut préférer à celle de Plateau népalais, parfois employée, qui rend mal compte de la réalité, car les dénivellations n’y sont pas négligeables. Certes les sommets sont nettement plus bas (2 000 m environ), et les formes aiguës sont rares. Mais des bassins et des vallées sont creusés jusqu’à cinq et six cents mètres, et les pentes sont donc raides sur leurs bordures. Parmi les bassins les plus étendus, il faut citer ceux de Pokhara et surtout de K tm ndu.

Le Moyen Pays est dominé par la chaîne du Grand Himalaya. Elle se dresse en une muraille prodigieuse; entre les altitudes modérées du Moyen Pays et les hauts sommets de plus de 8 000 m, les dénivellations sont extraordinairement marquées. Ainsi, la vallée de la Kali Gandhaki passe entre l’Annapurna et le Dhaulagiri. Les deux sommets ne sont distants que de 35 km, et atteignent respectivement 8 078 et 8 172 m. Or, entre les deux, le fond de la vallée n’est qu’à 1 200 m d’altitude. La vigueur de tels reliefs est à peu près sans égale dans le monde. Les sommets de la haute chaîne sont d’énormes pyramides de roches assez variées, ce qui amène une différenciation de leur modelé. Les plus élevés se groupent dans le Népal central et, plus à l’est, dans la région de l’Éverest. Curieusement, plusieurs rivières traversent cet ensemble, en des gorges difficilement franchissables.

Au nord de la haute chaîne, un ensemble de hautes vallées et de montagnes moins élevées, mais encore très impressionnantes, forment la bordure avec le Tibet. La ligne de partage des eaux passe par ces reliefs, qui atteignent souvent plus de 6 000 m. Très sèche, mal reliée au Moyen Pays par les étroites gorges du Grand Himalaya, cette région est en relation facile avec le Tibet, avec lequel elle a sans doute plus d’affinités géographiques qu’avec le reste du Népal.

L’individualisation de ces unités morphologiques est due à d’importants accidents longitudinaux, comme le chevauchement interne qui borde le Grand Himalaya au sud, et le chevauchement bordier qui sépare le Mahabharat Lekh des Siw liks. Ces accidents, qui sont responsables de l’importance du volume saillant, affectent un matériel assez varié: sédiments et semelle métamorphique de la «dalle tibétaine» au nord, région des nappes de charriages métamorphiques au centre et dans le Mahabharat, sédiments récents plissés dans les Siw liks [cf. HIMALAYA]. D’autre part, surtout dans le Moyen Pays, des accidents nord-sud individualisent des compartiments au relief assez différent. Il existe une opposition nette entre le Népal occidental, où les bassins sont rares, et les régions orientales, où ils sont plus développés.

Étagement des paysages

Dans un pays aussi montagneux, c’est l’étagement qui est responsable des principaux contrastes géographiques. Il est conditionné par le climat lui-même. Celui-ci est marqué par le mécanisme des moussons. La mousson d’été remonte la plaine du Gange du sud-est au nord-ouest, et déverse des pluies importantes sur les reliefs. Toutefois, son influence diminue assez nettement vers le nord-ouest, généralement plus sec à altitude égale que les parties orientales. En hiver règnent des vents d’ouest à nord-ouest, qui prennent une grande vigueur en altitude, puisque les plus hauts sommets sont pratiquement englobés dans la zone de vents rapides connue sous le nom de courant jet d’ouest. Des neiges assez abondantes résultent en altitude de perturbations atmosphériques qui affectent ces courants d’ouest. Par contre, les précipitations sont faibles dans les régions basses.

Naturellement, les effets de ces mécanismes généraux sont fortement modifiés par l’altitude. Le Teraï a un climat très semblable à celui de la plaine du Gange avec des pluies abondantes en été (environ 2 000 mm dans l’Est, 800 mm dans l’Ouest), un été très chaud et une saison fraîche légèrement marquée (autour de 25 0C le jour, et de 10 0C la nuit). Les observations sont trop rares pour qu’il soit possible de suivre avec précision les modifications apportées par l’altitude. À 1 400 m, K tm ndu a déjà un hiver marqué, environ 18 0C le jour, mais 2 0C en moyenne la nuit, et le gel n’est pas inconnu, le minimum absolu sur 20 ans étant de 漣 3 0C. L’été est chaud, même si les nuits restent agréablement fraîches (30 0C en moyenne pour les journées du mois le plus chaud, 16 0C pour les nuits). Sur l’énorme muraille du Grand Himalaya, on passe rapidement à des climats très froids, avec une atténuation des contrastes entre l’hiver et l’été. Toutefois ceux-ci sont encore sensibles jusqu’à plus de 4 000 m et influencent l’agriculture.

En l’absence de stations suffisamment nombreuses, on peut avoir recours à l’étude de la végétation naturelle pour connaître avec plus de précision et de continuité les conditions climatiques. La figure ci-contre montre une répartition schématique des formations végétales: toutes les limites sont très élevées à cause de la position en latitude; d’autre part, elles tendent à monter vers l’intérieur de la chaîne, ce qui est un effet de la diminution de la nébulosité et de l’augmentation corrélative de l’ensoleillement. L’intérieur du Népal est en effet bien plus sec que la bordure, à cause des effets d’abri par rapport au souffle de la mousson (le Téraï reçoit plus de 2 000 mm de précipitations, et le flanc sud du Mahabharat sans doute bien davantage; il en tombe encore 1 400 mm à K tm ndu, mais on n’a recueilli que 400 mm au glacier de Khumbu). Cela explique également la présence de formations sèches dans les vallées au nord de la grande chaîne.

L’étagement de formations végétales (cf. figure) est cependant assez théorique. En effet, les forêts ont été profondément défrichées sur d’immenses espaces. Elles forment encore de beaux groupements sur le Mahabharat Lekh et le flanc sud de la haute chaîne. Ailleurs, les bassins, les vallées et les pentes ont été aménagés par les hommes. Le paysage dominant est celui de champs en terrasses où des arbres assez peu nombreux sont conservés. Le paysage humanisé atteint de très fortes altitudes: il ne dépasse guère 2 500 m sur le flanc sud de l’Annapurna, il peut s’étendre jusqu’à près de 4 000 m sur le versant nord et dans les régions proches du Tibet. La culture du blé en été est possible jusqu’à environ 3 800-3 900 m, et la pomme de terre atteint des altitudes légèrement supérieures.

Systèmes agricoles

Les systèmes agricoles dépendent à la fois de l’étagement et des caractères ethniques de la population – ces derniers jouant un rôle important dans la zone d’altitude moyenne où coexistent les populations indiennes et tibéto-népalaises. Les premières cultivent surtout du maïs en été entre 1 500 et 2 000 m d’altitude. À la même hauteur, les secondes fondent plutôt leur subsistance sur le sarrasin et l’orge, que l’on produit en hiver. Mais, dans l’ensemble, l’étagement apporte les distinctions fondamentales. La variété des systèmes de culture est telle qu’elle défie la description. On se contentera ici de décrire un étagement type, par rapport auquel il existe de nombreux écarts. Les fonds de vallée et le bas des versants portent des rizières, que l’on irrigue en détournant les eaux des torrents. Elles ne dépassent guère 1 800 m, et sont cultivées en été. Au-dessus, après une frange où le riz d’été alterne avec la culture hivernale d’une céréale tempérée, on rencontre surtout des associations de céréales tempérées, cultivées en hiver et en été. L’association maïs-orge, par exemple, atteint 2 800 m environ. Plus haut, la culture d’été devient exclusive, et elle ne concerne plus que des plantes comme le blé et la pomme de terre qui sont bien adaptées à des nuits fraîches.

L’élevage est associé à la culture. Ainsi, chez les Gurung du Népal central, autour des villages situés entre 1 800 et 2 600 m, des rotations de cultures sont organisées pour laisser chaque année la moitié des champs en friche, afin de permettre le pacage. Mais il existe aussi une vie pastorale de montagne: moutons et chèvres quittent la zone des villages à la mi-mai, pour atteindre les prairies alpines entre 3 500 et 4 000 m au milieu du mois d’août. Les aires de déplacement des villages sont très importantes, puisqu’elles s’étendent, chez les Gurung, des rizières situées à 1 800 m aux hautes pâtures à près de 4 000 m.

L’agriculture est l’activité dominante du Népal, bien qu’un peu plus des 10 p. 100 du sol seulement soient cultivés. Les systèmes fonciers sont très variés. Dans un cadre juridique extrêmement complexe, de grands propriétaires contrôlent environ les deux tiers du sol. Mais les exploitations elles-mêmes sont toujours petites, puisque les terres sont divisées à l’extrême entre des métayers qui travaillent dans de dures conditions. Quelques réformes agraires sont intervenues au cours des dernières années, mais leur application est lente, comme dans l’Inde voisine.

Foyers d’activité et économie

Malgré le pittoresque et l’intérêt des formes de mise en valeur de la montagne, il faut souligner que la population népalaise est concentrée dans les régions basses, Teraï et bassins du Moyen Pays. Les densités peuvent atteindre des chiffres très élevés (800 hab./km2 dans le Teraï oriental). L’économie népalaise reste assez fermée. Les communications sont difficiles, à cause de l’obstacle des montagnes et de l’étroitesse de bien des gorges. Même les sentiers où le portage seul est possible sont souvent rendus impraticables pendant les pluies de mousson. Les routes sont très rares: les automobiles ne peuvent atteindre K tm ndu que depuis quelques années.

Le Teraï, avec ses cultures de riz et de canne à sucre, ses quelques villes industrielles, ses projets d’aménagement hydro-électrique, est sans doute la partie du Népal qui possède le plus bel avenir. Mais le cœur du pays reste, pour des raisons historiques, le bassin de K tm ndu. La ville, capitale du Népal, est un vieux foyer d’activité, qui compte 419 000 habitants au recensement de 1991. La variété ethnique, la beauté de certains édifices religieux en font un vieux centre de civilisation.

2. Castes et groupes ethniques

Les recherches ethnographiques au Népal en sont encore à leurs débuts: les frontières du pays n’ont été ouvertes aux visiteurs étrangers qu’à partir des années 1950. Jusque-là, seuls quelques étrangers, résidents anglais ou hôtes de marque invités par le souverain, avaient pu séjourner au Népal: ils n’avaient généralement pas quitté la vallée de K tm ndu. Néanmoins, la présence de militaires gurkha dans l’armée anglo-indienne avait permis à quelques officiers anglais de recueillir des informations partielles auprès de soldats appartenant pour la plupart aux groupes ethniques gurung, magar, r i et limbu.

Depuis les années 1950-1952, de nombreux chercheurs, allemands, américains, anglais, français, indiens ou japonais, ont effectué des enquêtes directes de caractère plus proprement ethnographique. Leurs travaux ont été freinés par de nombreux facteurs au premier plan desquels il faut signaler:

– l’absence de documentation satisfaisante concernant la localisation des groupes ethniques, demeurés en dépit de l’unification politique très coupés les uns des autres;

– l’ignorance générale où l’on se trouvait concernant les langues vernaculaires: la langue officielle, le nepal 稜, n’étant pour une bonne partie de la population qu’une langue d’échanges, plus ou moins bien maîtrisée;

– le fait que, en raison de l’influence exercée par deux grands courants civilisateurs venus de l’Inde et du Tibet, l’étude de la société népalaise réclame de l’observateur une formation préalable particulièrement étendue.

Les peuples du Népal

La population de l’actuel royaume du Népal est caractérisée par la coexistence sur un même territoire d’une société de castes et de nombreux groupes ethniques dont certains, comme les Newar, peuvent être considérés comme autochtones.

Les Newar

Une place à part doit être faite aux Newar (environ 650 000 en 1993) qui régnèrent longtemps en maîtres dans la vallée de K tm ndu où ils forment encore 55 p. 100 de la population.

Les Newar ont en effet été les maîtres architectes du Népal, et la langue newar 稜 – la seule à posséder une écriture en dehors du nepal 稜 – a donné naissance à une littérature encore mal connue.

En outre, bien que bon nombre de Newar se déclarent bouddhistes, leur société est hiérarchisée selon un système de castes qui lui est propre et se situe donc de façon originale par rapport aux castes indo-népalaises. En dehors de la vallée de K tm ndu, les Newar sont de préférence installés dans les centres urbains où ils exercent fréquemment la profession de marchands.

Les groupes ethniques

Si l’on excepte les populations établies dans le Teraï népalais (les Tharu, estimés à 925 000 en 1993, et les groupes voisins), les groupes ethniques représentés au Népal sont généralement de type mongoloïde et utilisent des langues appartenant au groupe tibéto-birman.

À l’ouest de K tm ndu , sur les contre-forts himalayens et notamment dans les districts de Kaski et Lamjung vivent environ 300 000 Gurung dont les capacités militaires sont reconnues bien au-delà des limites du Népal. La grande variabilité des dialectes gurung n’a pas permis jusqu’ici une étude approfondie des traditions orales de ce peuple. Les Magar constituent un groupe numériquement important (environ 423 000 individus), largement répandu dans la zone moyenne du Népal, avec une concentration plus forte dans le district de Palpa. Une partie d’entre eux, restés en contact plus étroit avec des populations tibétaines, ont conservé leurs traditions propres, tandis que les Magar «du Sud» ont à peu près abandonné l’usage de leur langue et sont en voie d’hindouisation totale. Malgré leur petit nombre (environ 30 000), les Thakali jouent un rôle de plus en plus important car ils contrôlent l’axe économique de la Kali Gandaki.

À l’est de K tm ndu , quelque 900 000 Tamang sont établis autour de la vallée de K tm ndu, et plus particulièrement à l’est; ils vivent généralement sur des terres pauvres, et beaucoup d’entre eux se louent comme porteurs. Leurs traditions exprimées dans des hv i chantés ainsi que la présence en pays tamang de religieux bla -ma manifestent clairement l’influence exercée sur leur culture par le bouddhisme tibétain. On désigne sous le nom de Kir ti les groupes R i (420 000 individus) et Limbu (260 000 individus) qui occupent le Népal de l’Est, jusqu’à la frontière du Sikkim. Diverses publications népalaises, difficilement accessibles et dues pour la plupart à un Limbu, Chem Jong, ont montré l’originalité d’une culture qui s’exprime dans un riche répertoire de mundhum chantés.

À la frontière nord , les hautes vallées himalayennes sont occupées par des populations que les Népalais de langue nepal 稜 désignent collectivement par le nom de Bh ョte; ces derniers parlent tibétain ou des dialectes apparentés et vivent en petites communautés très isolées. Parmi les Bho レe, on fait souvent figurer les Sherpa, venus du Kham, à l’est du Tibet, voici plusieurs siècles et bien connus pour leur participation aux expéditions himalayennes: culturellement et économiquement, ils sont demeurés très proches du monde tibétain.

Les castes indo-népalaises

Fuyant les invasions musulmanes des XIIe et XIIIe siècles, des populations indiennes ont cherché refuge dans la zone moyenne du Népal, en progressant d’ouest en est, partout où la culture du riz demeurait possible.

Ces Khas, comme on les appelait, ont imposé dans l’ensemble du pays (et plus seulement dans la vallée de K tm ndu) les normes socioreligieuses de l’hindouisme et donc un système social hiérarchisé fondé sur la caste avec bien entendu l’usage de la langue appelée actuellement nepal 稜; mais, en raison des contacts inévitables avec les populations autochtones et notamment des mariages qui en résultèrent, la rigueur des principes hindous s’est trouvée quelque peu atténuée dans la pratique.

En 1853, Jang Bahadur, à la suite du voyage qu’il avait effectué en Europe, fit rédiger un code qui définissait les rapports existant entre les groupes sociaux, sur la base d’un critère de pureté plus ou moins grande. Ce code, modifié à plusieurs reprises, est resté en vigueur jusqu’en 1963, date à laquelle la constitution du pays a été profondément modifiée.

Des estimations correspondant aux années 1960 indiquent que la zone moyenne du Népal est habitée à 50 p. 100 des Bahun et des Chetri appartenant aux castes pures, les «castes de service» ne formant pas plus de 10 p. 100 de la population.

Les systèmes religieux

Au Népal, la religion officielle est l’hindouisme et la majorité des Népalais observent les prescriptions de la religion hindoue en ce qui concerne les rites accompagnant la naissance, l’imposition du cordon sacré (pour les castes pures), le mariage et les funérailles. De nombreuses fêtes, dont l’origine hindoue est clairement discernable, jalonnent le calendrier népalais: la plus populaire est Dasa 稜 qui commémore la victoire de la déesse Durg sur le démon-buffle et qui se déroule à l’automne pendant dix jours (dasa 稜 étant le dixième). La célébration de la fête de Tihar a pour but d’assurer la prospérité matérielle dans l’année qui suivra; elle a partiellement repris les observances du Diwal 稜 indien en l’honneur de la déesse Lak ルm 稜. Dans la vallée de K tm ndu, la procession de Matsyendran th précède les premières pluies de la mousson qu’elle est supposée favoriser, tandis que l’Indrajatra, ou fête de l’étendard d’Indra, a lieu à la fin de la saison des pluies.

La présence du bouddhisme au Népal remonte à une double origine:

– Une origine indienne qui s’est manifestée à date ancienne dans la vallée de K tm ndu et dont témoignent encore l’usage de la langue sanskrite dans les inscriptions et la présence de nombreux édifices d’inspiration bouddhiste, tels les st pa de Bodn th et Swayambh n th.

– Une origine tibétaine, résultant de l’activité missionnaire des sectes rñi face="EU Updot" 臘-ma-pa, bka’-rgyud-pa et sa-skya-pa qui s’est exercée continûment auprès des populations vivant à la frontière nord du pays. La juxtaposition des deux grandes religions hindouiste et bouddhiste a conduit une partie de la population à pratiquer un syncrétisme religieux dont l’étude se révèle très délicate.

Les musulmans constituent une minorité estimée à 730 000 en 1993, répartis entre ceux du Teraï et ceux des montagnes dispersés dans une quarantaine de villages où ils exerçaient traditionnellement la profession de fabricants de bracelets (curau レe ).

Les exorcistes

Il apparaît difficile de discerner clairement l’origine des différents types d’exorcistes auxquels font appel toutes les couches de la population, qu’elles se réclament de l’hindouisme ou du bouddhisme: jh kri et dhami pour les Nepal 稜, bijuwa et ya -ba chez les Limbu, bon -po ou jh kri chez les Tamang, pu face="EU Caron" カu chez les Gurung, mi -nu face="EU Updot" 臘 et lha -pa chez les Sherpa...

3. Une histoire millénaire

Le Népal ancien

L’histoire du Népal ancien est connue seulement par l’épigraphie, car les chroniques remontent à une époque beaucoup plus récente. Les inscriptions anciennes font référence à deux ères différentes, l’ère Saka datant de 78 après J.-C., puis une ère commençant en 576 et appelée de M nadeva (ou de A ュ ごuvarman). La première inscription est de 464 et montre le pays gouverné par la famille Licchavi, peut-être celle-là même dont la parenté contribua à la grandeur de la dynastie indienne des Gupta. Malgré la pénétration du bouddhisme, attribuée par la tradition à A ごoka, la religion de la maison royale, et vraisemblablement aussi celle de la classe dominante, fut toujours l’hindouisme. Après 576 A ュ ごuvarman s’empara du pouvoir, d’abord en maintenant sur le trône les Licchavi, puis en l’occupant lui-même. Après sa mort le gouvernement passa aux mains d’une obscure famille Gupta, toujours sous le prête-nom des Licchavi. Ce n’est qu’en 641 que les Tibétains rétablirent le roi légitime Narendradeva dans la plénitude de son pouvoir, et pendant le reste du VIIe siècle le Népal subit leur influence. En 648 Narendradeva, allié du Tibet, apporta une aide militaire à l’ambassadeur chinois Wang Xuance attaqué et dépouillé par un prince du Tirhut. Cependant, au VIIIe siècle, le Népal était à nouveau indépendant et son roi Jayadeva apparaissait même comme un souverain important, car il était apparenté par mariage aux Gupta du Magadha et aux Maukhari de Kanauj. L’inscription de 736 est le dernier document épigraphique connu de la période ancienne; pendant deux siècles et demi (à part l’obscure notice de la victoire de Jayap 稜 ボa du Cachemire sur un roi du Népal), l’histoire du pays est plongée dans une obscurité absolue, que les traditions confuses et contradictoires conservées par les chroniques n’éclairent aucunement.

L’ère des Newar

Dès la fin du Xe siècle les sources deviennent relativement abondantes. L’épigraphie recommence (la première inscription est de 987) et l’on possède une grande quantité de colophons datés de manuscrits, dont le plus ancien est de 920. Plus tard les chroniques (va ュ ご val 稜 ) donnnent à leur tour des informations dignes de foi; la plus ancienne est la Gop la-va ュ ご val 稜 , de la fin du XIVe siècle. Les dates sont données selon l’ère newar 稜 qui commence en 879. Le Népal, dont la capitale était alors Patan, était gouverné par une dynastie qu’on appelle d’habitude les Th kur 稜; dans les premières années du XIe siècle est attestée une curieuse forme de dyarchie (dvair jya ), le royaume étant divisé entre deux rois, bien qu’il maintînt son unité formelle.

En 1200 le trône fut occupé par la dynastie Malla, sous laquelle l’art népalais et la littérature newar 稜 vécurent leur plus belle période. Pendant le règne de Anantamalla (1274-1310), le Népal entretint des relations assez cordiales avec la cour mongole de Chine; le Népalais A-ni-ko (1245-1306) fut appelé à Pékin et y laissa une tradition durable dans la statuaire chinoise et sa théorie. Cependant, à la même époque, des envahisseurs étrangers ravagèrent le pays: les princes Malla, qui régnaient sur le Tibet occidental et les vallées au nord-ouest du Népal; le roi Harisi ュha du Tirhut, qui fut lui-même chassé de son royaume par les musulmans et vint mourir pauvre et fugitif au Népal (1326). Après Anantamalla le pays tomba dans l’anarchie, étant partagé entre deux lignées rivales résidant respectivement à Patan et à Bhadgaon. Au cours de cette sombre période le Népal subit la seule invasion musulmane de son histoire, celle d’Ilyas, roi du Bengale (1349); bien que très courte, elle suffit pour infliger de graves dommages à son patrimoine artistique.

Le pays, sombrant dans le désarroi le plus complet, fut réunifié et réorganisé par Jayasthiti Malla (1380-1395), figure marquante de législateur et organisateur social. Avec l’aide d’un comité de cinq Pandits indiens, il codifia la structure de la société népalaise dans un cadre de pure orthodoxie hindoue en la divisant en 64 castes. Ses trois fils régnèrent ensemble, mais le pouvoir effectif passa aux mains de la famille des R ma de Banepa, ministres et feudataires. Ce furent les chefs de cette famille, Madana R ma et Saktisi ュha R ma, que l’empereur de la Chine reconnut comme rois du Népal entre 1387 et 1427; mais leur influence déclina assez vite. Le dernier grand souverain newar 稜 fut Jaya ヮak ルa Malla (1428-1482), le seul qui esquissa une politique d’expansion vers le Tirhut, les petites principautés des montagnes et même vers le Tibet, sans aucun succès durable d’ailleurs. Puis ses fils, qui avaient d’abord régné en commun, se partagèrent le pays, le condamnant ainsi à l’impuissance totale.

Dès le début du XVIe siècle le Népal fut divisé entre les trois royaumes de K tm ndu, Bhatgaon et Patan, dont les capitales étaient proches l’une de l’autre. À K tm ndu, la personnalité la plus marquante fut Prat pa Malla (1641-1674), dont les relations politiques et commerciales s’étendaient à l’Inde du Nord et qui encouragea le développement des arts et des lettres. Après lui, le pouvoir passa pendant quarante ans à des régents (caut ra ), et le royaume ne se releva plus de sa déchéance. Bhatgaon n’eut pas de rois dignes de mention, à l’exception peut-être de Bh pat 稜ndra Malla (1696-1722), bâtisseur des plus beaux monuments de la ville. Quant à Patan, elle appartint d’abord à des feudataires obscurs de K tm ndu, fut plus tard annexée à ce royaume, et ne devint indépendante qu’en 1620 à la suite d’un partage d’héritage. Son histoire fut particulièrement riche de luttes intérieures; au XVIIIe siècle la puissante aristocratie des pradh n nommait et déposait les rois à son gré. Les guerres stériles, bien que peu sanglantes, entre les trois royaumes menèrent peu à peu le Népal newar 稜 à la ruine. La décomposition graduelle des structures politiques facilita la tâche de Prithvi Narayan, roi de Gurkha, ville située à l’ouest de la Vallée, qui en vingt ans d’une action patiente, rusée et cruelle acheva la conquête du pays. En 1768-1769 les trois royaumes tombèrent en son pouvoir.

Le Népal des G size=5rkhal size=5稜

La conquête par Prithvi Narayan amena un profond changement social. Les G rkhal 稜, devenus classe dominante, ôtèrent aux Newar les droits politiques et imposèrent le nepal 稜 (ou parbatiya) comme langue officielle. Le nouveau régime poursuivit son mouvement d’expansion vers l’est et vers le nord-ouest au long du versant de l’Himalaya; aux alentours de 1810 la domination népalaise s’étendait du Bhoutan jusqu’à Kangra. Toutefois les incursions g rkhal 稜 au Tibet provoquèrent la réaction de la Chine, et en 1792 une armée impériale était venue dicter la paix aux portes mêmes de K tm ndu; dès lors, et jusqu’à 1908, le Népal envoya tous les trois ans une mission de tribut à Pékin. En même temps les G rkhal 稜 nouèrent avec la Compagnie anglaise des Indes des relations qui demeurèrent longtemps incertaines, mais qui finirent par tourner à l’hostilité. La guerre qui éclata en 1814 révéla les surprenantes qualités guerrières des montagnards g 拏rkhal 稜; mais le traité de Segauli (1816) réduisait le Népal à ses confins modernes et tout en reconnaissant la pleine souveraineté intérieure du pays établissait un résident anglais à K tm ndu.

Prithvi Narayan n’eut pas de successeurs dignes de lui. Après une série de complots de palais et de tragédies de famille, le pouvoir échut en 1846 à Jang Bahadur, véritable homme d’État. La dignité de Premier ministre (plus tard avec le titre de mah r ja) devint héréditaire dans sa famille, les Rana, soutenus par une armée forte et disciplinée. L’Angleterre maintint des relations cordiales avec le Népal, d’où elle tirait de très bons mercenaires; ainsi, les Rana envoyèrent des régiments népalais en Inde lors de la révolte de 1857-1858 et lors des deux guerres mondiales, pour y appuyer et remplacer les troupes britanniques. Le traité de 1923 confirma la pleine indépendance du Népal et établit des relations diplomatiques normales entre les deux nations.

Histoire contemporaine

Durant cent quatre années, l’autocratie Rana avait tenu à l’écart les souverains Shah, réprimé la moindre contestation et isolé le Népal de toute influence extérieure, en s’abstenant notamment d’équiper le pays en écoles. À la fin de 1950, avec l’aide du Nepali Congress (Parti népalais du congrès), de l’Inde et de collatéraux Rana, le roi Tribhuvan mène un soulèvement général et parvient à restaurer l’autorité de sa dynastie. Dans les années qui suivent, le pays est administré par une série de gouvernements de coalition rassemblant les partis libéraux, traditionalistes, et des représentants de l’ancien régime. Des réformes sont entreprises pour moderniser des structures foncières et juridiques archaïques. Les exemptions d’impôt sont abolies, la rente foncière est plafonnée et on tente de garantir la sécurité des métayers. Mais, en l’absence de cadre constitutionnel, l’instabilité politique empêche de mettre concrètement en œuvre ces mesures.

Il faudra attendre février 1959 pour qu’une constitution pose les bases d’un véritable système parlementaire. Quelques jours plus tard, dans les premières élections législatives de l’histoire népalaise, le Congress remporte deux tiers des sièges à l’Assemblée. Son chef et fondateur, B. P. Koirala, devient Premier ministre. Tous les partis politiques n’acceptent pas cependant le résultat des urnes, voire le suffrage universel. Les contestations sont très violentes, des jacqueries sont organisées dans les provinces. En décembre de l’année suivante, le roi Mahendra, fils de Tribhuvan, met fin à l’expérience démocratique, prétextant que le multipartisme suscite la désunion, paralyse l’administration et n’est pas conforme aux traditions nationales. Il renvoie le gouvernement, dissout le Parlement, fait arrêter les principaux leaders et prend les pleins pouvoirs. La Constitution de 1962 instaure la «démocratie panc yat», une pyramide d’assemblées d’où sont exclus les partis et qui ne peuvent en aucun cas remettre en cause les orientations définies par le palais. L’opposition, réduite à la clandestinité, très divisée, soumise aux intérêts contradictoires de ses patrons indien, chinois et soviétique, ne peut organiser de riposte. Une partie de ses dirigeants s’est ralliée à l’initiative royale.

Au cours des années 1970-1975, la ligne dure des partisans du régime s’impose comme dominante et entreprend sa radicalisation. On lance une campagne de lutte contre les privilèges et la corruption; le soutien explicite à la nouvelle idéologie devient un devoir; des milices pourchassent les réfractaires et, dans les élections, des candidats uniques «représentants du consensus» sont nommés. La répression atteint désormais les campagnes. Les partisans des panc yat sont de plus en plus divisés.

En 1979, après une série de grèves étudiantes, le roi Birendra propose qu’un référendum tranche entre une réforme des institutions en vigueur et le retour au multipartisme. L’année suivante, 55 p. 100 des électeurs se prononcent pour le maintien du système panc yat. Les procédures électives sont remodelées afin d’introduire davantage de représentation directe et des portefeuilles ministériels proposés aux opposants.

Cependant, la prospérité promise depuis vingt ans tarde à venir. Les scandales impliquant de hautes personnalités se succèdent. La répression contre les opposants se durcit à nouveau. Le mécontentement culmine durant l’hiver de 1989, face aux pénuries et à l’inflation dues au blocus commercial imposé par l’Inde. En février 1990, les deux principales composantes de l’opposition, le Congress et le Parti marxiste-léniniste, lancent une campagne pour la restauration du multipartisme. En avril, après des affrontements violents, le roi demande aux représentants de l’opposition de constituer un gouvernement intérimaire. La monarchie parlementaire est réinstaurée par la Constitution de novembre 1990. En mai de l’année suivante, le Congress obtient la majorité absolue à la Chambre des représentants et forme un gouvernement dirigé par G. P. Koirala. Depuis lors, celui-ci a dû faire face à de très rudes campagnes d’agitation de la part des partis maoïstes qui lui reprochent sa politique économique libérale et une diplomatie jugée trop conciliante envers l’Inde.

Économie

Le Népal est après l’Afghanistan et le Bhoutan le troisième pays le plus pauvre d’Asie (indice du développement humain de l’O.N.U.). Son produit national brut (P.N.B.) par habitant s’élevait à seulement 193 dollars en 1993. En outre, sa population est jeune et en croissance rapide (2,5 p. 100 par an). Le maintien du taux de fécondité (5,5) à un niveau élevé ne laisse pas présager un ralentissement rapide de cette croissance.

L’économie népalaise reste dominée par le secteur agricole, qui emploie 81 p. 100 de la population active et intervient pour plus de la moitié du P.N.B. Pourtant, cette agriculture est essentiellement orientée vers l’autoconsommation et ne représente plus qu’un cinquième des exportations (bétail et jute). Sa productivité est faible et ne progresse que très lentement, si bien que, après avoir vendu du riz à l’Inde jusqu’en 1979, le Népal souffre à présent d’un déficit alimentaire chronique. Dans les campagnes, la disette touche un tiers des familles. Quittant des montagnes difficiles à mettre en valeur, les paysans affluent vers la plaine méridionale, où est concentrée à présent la moitié de la population du royaume. En outre, quatre millions de Népalais sont travailleurs-résidents en Inde et plusieurs dizaines de milliers y sont employés temporairement chaque hiver.

Les villes népalaises, qui abritent moins de 10 p. 100 de la population totale, fournissent peu de possibilités d’emploi. L’industrie, en effet, se maintient à un niveau embryonnaire (5 p. 100 du P.N.B.) et reste peu diversifiée. Aux côtés des manufactures d’État longtemps tournées vers le seul marché intérieur (briques, savon, alcool, cigarettes, etc.) apparaissent peu à peu des entreprises privées de taille modeste se vouant à l’exportation (tapis, confection) et dont la compétitivité internationale réside dans des salaires très bas. Faute de capitaux et d’infrastructures, la valeur ajoutée est faible et les produits peu concurrentiels sur le marché asiatique.

Depuis la fin des années 1970, le commerce extérieur a connu une mutation remarquable. D’abord, le volume des échanges a quintuplé en moins de dix ans, ce qui indique l’intégration croissante du Népal à l’économie mondiale. Ensuite, entre 1974 et 1990, la part de l’agriculture dans les exportations a chuté de 77 à 14 p. 100, alors que les produits textiles atteignaient 74 p. 100 et poursuivent leur progression. Cette évolution, enfin, s’est accompagnée d’un redéploiement radical en direction des États-Unis et de l’Allemagne, alors que l’Inde, qui achetait 80 p. 100 des exportations népalaises, en acquiert dorénavant moins d’un tiers. La dépendance à l’égard du voisin méridional a aussi reculé dans les importations: le premier fournisseur du Népal est désormais le Japon (machines), et la part de l’Asie du Sud-Est va croissant. Cependant, les échanges demeurent très largement déficitaires: les importations représentent encore deux fois la valeur des exportations. Un quart des recettes est consacré à l’importation de combustible. Alors que son potentiel hydroélectrique est estimé à 80 millions de kilowatts, et malgré des besoins modestes, le Népal n’est autosuffisant qu’à 75 p. 100 en électricité. Le tourisme, qui rapportait 17 p. 100 des devises en 1989, plafonne depuis lors, souffrant de la saturation de certains sites et de la pollution alarmante de Kathmandu.

Manquant de ressources propres et handicapé par des structures administratives pesantes, l’État ne peut jouer pleinement son rôle dans le soutien au développement. Son budget dépend pour moitié de l’aide étrangère, et un tiers de ses recettes va au remboursement des dettes. Les dépenses de développement (13 p. 100 du P.N.B.) sont mobilisées avant tout par la réalisation d’infrastructures rendues coûteuses par la topographie et le climat. La couverture sanitaire (1 médecin pour 30 000 habitants) n’atteint guère les campagnes, et les succès relatifs de l’éducation, qui ont fait reculer l’analphabétisme de 80 à 60 p. 100 dans les années 1980, sont dus pour partie à des financements privés.

Le gouvernement du Congress, issu des élections de 1991, se démarque du protectionnisme de la période panc yat par une politique économique plus libérale: il a tenté une série de privatisations et un assainissement des finances publiques, mesures difficiles à mettre en œuvre dans un pays où l’État constitue le premier employeur.

Relations extérieures

La position stratégique du Népal, sur la ligne de rencontre entre deux grandes puissances, lui impose de maintenir un subtil équilibre dans ses allégeances. Le royaume, par sa configuration géographique et humaine, est davantage exposé aux influences de l’Inde qu’à celles de la Chine. Le traité indonépalais de 1951 a entériné ce rapport privilégié en établissant une libre circulation des biens et des personnes entre les deux pays. En effet, quel que soit le redéploiement de son commerce extérieur, c’est par les ports indiens que transitent fatalement les exportations du Népal, ainsi que son approvisionnement en énergie et en matières premières. De même, en tentant de limiter l’afflux incontrôlé des travailleurs indiens à sa frontière méridionale, le Népal doit se soucier de ses quatre millions de citoyens établis en Inde.

Au cours de son histoire récente, le Népal est parvenu plusieurs fois à limiter la portée politique de sa dépendance à l’égard de l’Inde, en resserrant ses liens diplomatiques avec la Chine. Au lendemain du coup d’État royal de 1960, alors que New Delhi proteste contre la démission d’un gouvernement qui lui était favorable, le Népal accepte la construction par la Chine d’une route reliant Kathmandu au Tibet. À diverses reprises dans les années qui suivent, les pressions chinoises contraignent l’Inde à restreindre l’activité des opposants népalais exilés sur son territoire. Kathmandu de son côté réduit en 1974 les sanctuaires himalayens de la résistance armée tibétaine. En 1975, l’annexion du Sikkim par l’Inde exacerbe les inquiétudes népalaises et provoque la signature d’un traité de coopération économique avec Pékin. Entre 1986 et 1989, le Népal tente de renégocier les accords commerciaux de 1951, qui pèsent lourdement sur ses choix économiques. Au moment où les pourparlers s’enlisent, l’armée royale acquiert plusieurs équipements chinois. En réaction, New Delhi ferme ses postes frontières en mars 1989, imposant au royaume un blocus qui durera quinze mois, et, l’année suivante, se prononce en faveur de la restauration du multipartisme.

Depuis l’accession du Nepali Congress au pouvoir en 1991, c’est à la Chine que le nouveau gouvernement, jugé pro-indien par ses détracteurs, a dû à diverses reprises renouveler l’assurance que la position neutraliste des dirigeants précédents ne serait pas remise en cause.

4. Art et archéologie

L’étude des arts du Népal est une discipline neuve qui a fait ces dernières décennies d’immenses progrès. Si l’art des Newar de la vallée de K tm ndu est aujourd’hui suffisamment connu pour qu’on tente d’en esquisser l’évolution, il n’en est pas de même de la production artistique des autres ethnies, aux cultures variées, qui peuplent le Népal moderne. La quasi-absence de fouilles stratigraphiques rend aléatoire tout exposé archéologique.

Préhistoire

Les recherches concernant la préhistoire népalaise ne font que commencer. Leurs résultats sont insuffisants pour permettre une histoire du peuplement. Leur chronologie est fluctuante. Au nord de la vallée de K tm ndu, près de Budh n 稜lkantha, un matériel en pierre taillée (30 000 av. J.-C.?) évoque des vestiges paléolithiques semblables découverts en Mongolie, en Chine et même dans le sud de l’ex-U.R.S.S. Dans les Siwalik, à Kot-tandi (district de Nawalpur), sur la rivière Danda, des outils en pierre polie rappellent ceux qui ont été découverts dans la plaine indo-gangétique (IIIe-IIe millénaire av. J.-C.). D’autres témoignages, mis au jour dans la vallée de la Dang, peuvent être comparés aux rares vestiges néolithiques du Sikkim. Un matériel lithique a été également trouvé à Trivenighat (district de Nawalparasi), au confluent de la Narayan 稜 et de la Panchanad 稜.

L’art newar

Les témoignages artistiques les plus nombreux, concentrés dans la vallée de K tm ndu et ses abords immédiats, sont le fait de ses habitants, les Newar. Dans les premiers siècles de notre ère, cette région connut, peut-être parallèlement à certains pays d’Asie du Sud-Est, un lent phénomène de colonisation pacifique venu de l’Inde. Cette vallée, placée sur l’une des principales routes commerciales reliant la plaine du Gange au Tibet méridional, constitua durant des siècles une étape privilégiée pour les marchands. Cet essor commercial, amplifié par la présence d’artisans locaux industrieux, aboutit très tôt à la formation d’importantes agglomérations. La prospérité économique, un mécénat royal de tout temps actif, la protection des notables (pradh na ) aux revenus liés au grand commerce, l’attrait des lieux de pèlerinage et les liens internationaux longtemps entretenus par les communautés bouddhiques expliquent l’abondance des fondations religieuses et des donations pieuses.

Si la vie artistique, les techniques et l’iconographie religieuse dérivent d’antécédents indiens, leur lente assimilation, la permanence d’un substrat local encore mal étudié et une tendance au syncrétisme religieux donnent à l’art newar une réelle originalité. De nombreuses inscriptions, datées dans le calendrier de l’ère népalaise qui débute en 879, permettent des précisions chronologiques rares dans l’art du monde indien.

Sculpture

Les plus anciennes sculptures sur pierre que l’on ait retrouvées sont influencées par l’art de Mathur , en Inde du Nord, de l’époque Ku ル ユa (Ier-IIIe s.). Un bodhisattva en ronde bosse, trouvé à Harigaon (IIe-IIIe s.?; National Museum, K tm ndu), quoique de facture provinciale, présente de nombreuses caractéristiques du style de Mathur : torse massif aux pectoraux développés, bourrelets au-dessous du nombril, sexe visible à travers le vêtement.

Les premières statues datées remontent à l’époque des Licchavi (env. 350-env. 750). Deux stèles, trouvées à Tilganga et à Lajimpat, représentant Vi ルユu Vikranta, à la composition dynamique, sont dédicacées par le roi M nadeva en 467. L’influence de l’art indien des Gupta (IVe-VIe s.) et des C ヤukya occidentaux (VIe-VIIIe s.) se fait sentir, parfois avec retard, sur la plupart des œuvres hindoues des VIe et VIIe siècles (Um -mahe ごvara de Sikubahi, National Museum, K tm ndu, 573; Vi ルユu Var ha de Dhumvarahi, début VIIe s.). Deux sculptures du VIIe siècle, de tradition visnouite, retiennent l’attention par leur taille colossale et par la perfection de leur modelé: le Jala ごayana de Budh n 稜lkantha (642), de plus de six mètres de long, repose au centre d’un bassin; puissance et mouvement caractérisent le K リルユa K l 稜yadamana, transporté au XVIIe siècle dans l’une des cours du palais de K tm ndu. Six reliefs sivaïtes (fin VIIe-début VIIIe s.) ont été retrouvés dans la partie occidentale de K tm ndu, certains à Kathesimbhu (National Museum, K tm ndu). L’aisance de leur composition et la place accordée aux éléments de paysage permettent d’évoquer les peintures murales de l’époque, toutes disparues.

La sculpture bouddhique restera longtemps fidèle aux canons gupta (Avalokite ごvara de Gana bah l, env. 550; Buddha de Bangemura, K tm ndu, VIe s.). Puis les proportions des personnages deviendront plus élégantes (Buddha de Chabahil, VIe-VIIe s.; Caitya de Dhvak bah l, K tm ndu, VIIe s.).

À l’époque des ヘh kur 稜 (env. 750-env. 1200), la sculpture p la du Bengale et du Bihar influence le style des stèles bouddhiques et de la plupart des statuettes métalliques. Les reliefs hindous prolongent les canons particuliers d’une esthétique nationale. Le thème d’Um -mahe ごvara sera particulièrement recherché. Un ensemble de stèles visnouites de grande qualité, remontant à cette période, est conservé à Ch face="EU Updot" 臘gu N r ya ユa.

À partir du XIIIe siècle, la sculpture sur pierre offre moins d’intérêt. Un s rya (1349), à Banepa, est caractéristique des tendances esthétiques de cette période: complication de la composition, mouvement, personnages stéréotypés de petite taille, au visage juvénile et aux traits mongoloïdes. Ces particularités s’exprimeront en revanche avec bonheur dans la statuaire métallique.

Les plus anciennes sculptures de métal connues, de grande qualité, remontent au VIIIe siècle. En cuivre et plus rarement en laiton, exécutées à la cire perdue, elles s’inspirent à la fois des statues de pierre locales et des bronzes p la. Elles possèdent cependant plus d’élégance que leurs homologues indiens. Leurs poses sont plus alanguies; leur visage plus juvénile. Un grand soin est apporté aux finitions gravées, à la dorure exécutée à l’amalgame (Vajrap ユi, Stanford University Museum, Xe s.; Dev 稜, British Museum, XIe s.). On conserve des œuvres exécutées au repoussé qui remontent au XIe siècle. Un Vi ルユu Garud sana, daté de 1004 (coll. part., États-Unis), recouvrait peut-être une stèle de pierre plus ancienne.

Ces techniques de la cire perdue et du repoussé évolueront parallèlement. Les statuettes à la cire perdue possèdent souvent un style plus conservateur, parfois archaïsant, reproduisant durant des siècles certains modèles des Xe et XIe siècles. Les œuvres exécutées au repoussé, souvent liées à des décors architecturaux, présentent, tout en suivant scrupuleusement les canons iconographiques et iconométriques, une esthétique plus novatrice, à tendance décorative. Le travail particulier des plaques de laiton, à forte teneur en étain pour assurer une meilleure malléabilité, incitera les artisans à traiter les formes par grandes masses géométriques, les traces d’assemblage des plaques étant cachées par des bandeaux décoratifs parfois incrustés.

Les XIVe et XVe siècles voient l’apogée de la sculpture métallique: virtuosité technique, goût des larges fonds de stèle ornés de rinceaux tantôt traités en grandes crosses, tantôt déchiquetés, mouvement, élégance extrême des personnages aux attitudes déliées (Um -mahe ごvara, XIVe s., Museum of Fine Arts, Boston).

Du Malla récent (1482-1768) datent la plupart des sculptures conservées, caractérisées par la multiplication des parures, la sécheresse du modelé, le type ethnique prononcé des visages. Le manque de renouvellement des sources d’inspiration et les règles contraignantes d’une iconographie de plus en plus complexe leur donnent un aspect conventionnel et stéréotypé. Certaines œuvres en pierre sont de taille colossale (Grand Buddha de Swayambh n th, XVIIe s.). Beaucoup sont liées à des ensembles monumentaux (frises du K リルユa et R dh mandir, Patan, 1637, inspirées des rouleaux peints narratifs contemporains; bains sacrés [Tulas 稜, hi レ 稜], cour de Sundar 稜 du palais de Patan, 1670). À K tm ndu et à Bhadgaon, on remarque des rondes-bosses d’une esthétique plus robuste, inspirées des formes pleines et géométriques des statues métalliques au repoussé (Vi ルユu Narasi ュha, 1673, à l’entrée du palais de K tm ndu; Garu ボa, 1690, devant le temple de N r yan, Maru-tol, K tm ndu; sculptures sur les gradins du Ny tapola, 1702, Bhadgaon).

Cette période voit en effet l’apogée de la technique du repoussé. Des plaques ouvragées couvrent les toitures, les murs et même les accès de nombreux sanctuaires. Citons, entre autres, Kv bah l à Patan, Vakupati N r yan (1740) à Bhadgaon, la porte Sundhok (1753) donnant accès aux sanctuaires inclus dans l’enceinte du palais de cette même ville. Les statues des souverains, agenouillés en donateurs, aux traits individualisés, sont juchées sur des piliers de pierre, dressés sur les places principales des trois capitales, Patan, K tm ndu et Bhadgaon. Leurs visages sont tournés en direction des temples de Degutale, déesse protectrice des Malla.

Le bois (Michaelia excelsia , Michaelia champaca ), abondamment utilisé en architecture, sera un matériau de prédilection pour les sculpteurs newar. Les plus anciens exemples connus, les corbeaux (tu ユ l ; en anglais: strut ) de la façade arrière d’Uku bah l à Patan, représentent des driades protectrices (yak ルi ユ 稜 ). Leur date est controversée (XIIIe s.?). La plupart des œuvres conservées ne semblent pas antérieures au XVe siècle. Les réparations continuelles des bâtiments et le remploi éventuel d’une partie de leur décor sculpté rendent toute datation hypothétique. Les corbeaux entourant les toitures des temples hindous ou les cours des monastères bouddhiques forment des ensembles iconographiques cohérents. Leur composition reste inchangée: un personnage de grande taille, surmonté de feuillages, domine un démon écrasé ou bien une scène narrative, prophylactique ou édifiante. Cette répartition tripartite se retrouve sur les corbeaux des arcatures (tora ユa ) et sur les balustrades bouddhiques de l’Inde de l’époque Ku ル ユa. Les portes de la façade principale des sanctuaires hindous seront, dans un premier temps, seules décorées (Indre ごvar mah dev de Panauti, XVe s.?). On étendra ensuite le décor sculpté à l’ensemble des parties en bois du bâtiment: piliers et colonnettes, tympans, entourages de fenêtres. Le vocabulaire thématique, à peine modifié, est emprunté à l’art indien. Parallèlement se développe une sculpture sur bois en ronde bosse, polychrome, détachée de tout contexte architectural, parfois garnie de plaques de métal au repoussé.

Il convient de noter la présence de sculptures en terre cuite, parfois vernissées. Des plaques estampées couvrent ainsi entièrement le Mah bauddha (1601) de Patan. Une frise narrative, à couverte de couleur verte, tourne autour de la cour de la résidence de la petite déesse Kumar 稜 (Kumar 稜 Dyoché, 1760?) à K tm ndu. Il convient de noter qu’une poterie grossière est encore de nos jours fabriquée à Thimi.

Sous les Gurkha (après 1769), les artisans reproduisent les modèles antérieurs. Des pièces surchargées, d’une grande virtuosité technique, sont fabriquées en série durant la première moitié du XIXe siècle. Les contacts avec l’Inde britannique introduisent des motifs occidentaux. Des ateliers de bronziers, souvent en liaison avec des monastères bouddhiques, subsistent jusqu’au XXe siècle.

Peinture

Les plus anciennes peintures conservées – enluminures de manuscrits bouddhiques sur palmes séchées et décor des plats intérieurs de leurs couvertures – remontent au XIe siècle. Aux deux textes bouddhiques illustrés en Inde, A ルレas hsrik Prajñ p ramit et Pañcarak ルa , les Newar ajouteront le Ga ユボavy ha et le K ra ユボavy face="EU Domacr" 契ha. Ces manuscrits sont plus richement enluminés que les œuvres p la qui leur sont contemporaines. Les peintres newar utilisent des tons raffinés – rouge sombre, rose, mauve, pourpre, jaune pâle – qui les aident à modeler les formes, alors que les moines bengali appliquent des couleurs vives par aplats. Ces œuvres renvoient aux créations picturales d’époque Gupta (Aja ユレ , Ve-VIe s.). Ce grand style classique, disparu en Inde même, semble avoir été assimilé si totalement au Népal qu’il fera figure d’art national, s’opposant aux modes nouvelles apparues au cours de l’époque médiévale qui privilégient l’acuité du dessin, la stylisation des traits et la violence des couleurs. Au Népal, on peut répartir les peintures de manuscrits bouddhiques en trois périodes qui correspondent aux XIe, XIIe et XIIIe siècles. Les miniatures du XIe siècle présentent parfois, par rapport aux œuvres indiennes, une certaine maladresse dans le dessin, des compositions touffues aux nombreux éléments de paysage, une certaine liberté iconographique (Add. 1643, daté 1015, Cambridge University Library). Au XIIe siècle, les compositions des plats de couvertures tendent à former des scènes continues, panoramiques (Vess ntara j taka, National Museum, New Delhi). Les personnages, aux proportions élancées et à l’aspect aimable, ont des attitudes un peu maniérées. Leurs bijoux et les motifs de leurs vêtements, traités avec soin, se fondent dans l’ensemble de la composition. Au XIIIe siècle, la grande quantité d’ouvrages apportés par des moines réfugiés, fuyant les invasions islamiques, entraîna peut-être une raréfaction des commandes. Les quelques manuscrits bouddhiques de cette période trahissent une forte influence de l’Inde médiévale, ou prolongent, dans un style conventionnel, les modèles antérieurs.

Alors qu’aucun manuscrit enluminé hindou antérieur au XVe siècle ne nous est parvenu, on suit au Népal l’évolution de ce genre depuis le XIe siècle. On y retrouve les principales caractéristiques stylistiques des enluminures bouddhiques. Les plus belles œuvres remontent au XIIIe siècle. Elles accordent une place importante aux motifs décoratifs: colonnes, tora ユa , bijoux rehaussés d’or. Dès 1220, des manuscrits sont exécutés en lettres d’or sur papier bleu.

On conserve des rouleaux verticaux (sanskrit: pa レa ; newar 稜: paubh ) remontant au XIIIe siècle, exécutés à la gouache sur coton, aux harmonies rouges et bleues caractéristiques, qui représentent les principales divinités du bouddhisme tantrique et, plus rarement, de l’hindouisme. Ce genre nous apparaît tout constitué. Les œuvres les plus abouties s’étagent du XIIIe au XVe siècle et laissent pressentir des exemples plus anciens, aujourd’hui disparus. Ces images, dont le moindre détail iconographique était fixé par la tradition, étaient consacrées lors de rituels conjuratoires ou propitiatoires (vrata ): rite d’Upo ルadha (A ルレamivrata ) en l’honneur d’Amoghap ごa, aspect du bodhisattva Avalokite ごvara; rite de Bh 稜maratha au cours duquel on offre dix mille caitya (lak ルacaitya ); culte rendu à Vasudh r afin d’obtenir des biens matériels. Le registre inférieur de la peinture représente une scène d’oblation par le feu (homa ) en présence des donateurs; des scènes de chants et de danses accompagnent la cérémonie. Les collections du Los Angeles County Museum of Art permettent de suivre l’évolution stylistique des paubh . Aux XIVe et XVe siècles, les peintres utilisent des motifs décoratifs particuliers: colonnes végétales à chapiteau floral, issues d’un vase d’abondance, flammes déchiquetées. Les fonds sont animés de crosses de lotus peintes en camaïeu. Monumentalité et mouvement caractérisent les divinités tutélaires, en particulier Sa ュvara et Vajrav r h 稜. Ce style se prolonge après 1482. Au XVIe siècle émerge peu à peu une esthétique nouvelle: dessin nerveux cernant d’un trait déchiqueté des figures dansantes aux gestes expressifs et aux visages presque caricaturaux; composition dense, apparemment désordonnée mais organisée selon de subtiles diagonales (Assaut de M r , 1561, Boston Museum of Fine Arts).

À la fin du siècle, des genres nouveaux portent à leur paroxysme ces tendances stylistiques: longs rouleaux narratifs (vilampo ) suspendus lors de fêtes religieuses, à sujets légendaires ou apologétiques; «Livres illustrés» (kal pustaka ), en papier, se dépliant en accordéon, et dont les sujets sont éventuellement profanes.

Vers 1650, les écoles moghole et rajpute (Mewar) influencent fortement tous les genres de la peinture newar (Buddha prêchant, 1649, Cleveland Museum of Art). À la fin du XVIIe siècle on fabrique de nombreux vilampo dans ce style rajput, totalement réinterprété (K リルユal 稜l , 1692, Bharat Khala Bhavan, Varanasi). Au XVIIIe siècle, sous l’influence des thang-ka tibétains, les paubh abandonnent leur composition en registres. L’importante production du XIXe siècle prolonge ces deux tendances.

Architecture

Les st pa les plus vénérés de la vallée reprennent la forme de leurs homologues de l’Inde ancienne. La tradition fait même remonter les st pa situés aux quatre points cardinaux de la ville de Patan, ainsi que celui de Ch bahil, à un voyage hypothétique de l’empereur A ごoka des Maurya (IIIe s. av. J.-C.). Ces structures seront modifiées plus tard afin de répondre à des partis iconographiques plus complexes. Ainsi le st pa de Swayambh n th recevra neuf niches consacrées aux Jina des orients et à leurs parèdres. Les yeux du Buddha suprême, «né de lui-même» ( dibuddha ) du système K lacakra (Ai ごvarika) seront peints sur la masse cubique de maçonnerie (harmik , ch ボ mani ) qui couronne l’édifice. Trois terrasses carrées, redentées à la manière des enceintes d’un ma ユボala, entourent le st pa de Baudhan th. Des statues de divinités, au nombre sacré de cent huit, seront abritées dans des niches.

Les Newar développeront une architecture originale à charpentes de bois et à murs de briques cuites, montés sans mortier. Les bâtiments sont très divers: petits portiques (p レi ) à colonnes de bois, pouvant servir de halte aux pèlerins, portiques pourvus d’un étage (sattal ), portiques sur deux niveaux, bordés de salles (chapat ), salles à piliers (ma ユボapa ), habitations, monastères bouddhiques, etc.

Les monastères bouddhiques s’organisent, sur le modèle indien, autour d’une cour carrée. Le sanctuaire, situé dans l’axe de l’entrée, est surmonté d’une chapelle (face="EU Upmacr" gama-ch 勒) qui abrite les livres et les instruments liturgiques et qui est dédiée à une déesse, contrepartie féminine du dieu. Les monastères se répartissent en deux types: b h 稜 et b h . Le sanctuaire des b h 稜 est entouré d’un couloir de circumambulation. Le premier étage des ailes latérales est dépourvu de cloisons intérieures. Les b h ne se rencontrent que dans l’enceinte des villes. Leur sanctuaire ne possède pas de couloir périphérique. Leurs ailes sont partagées par des cloisons. Il existe quelques bâtiments de type mixte. B h 稜 et b h abritent des communautés différentes. À la suite des profondes modifications qui affecteront les communautés bouddhiques à partir du XIIIe siècle, les habitations des familles de moines s’aligneront autour de larges cours, les nani , près de certains b h .

Le temple hindou à toitures étagées (dega ), le plus souvent de plan carré, constitue le type le plus accompli de l’architecture newar. Chaque étage prend appui sur le sol par un jeu de tours emboîtées. L’origine de cette forme d’architecture est controversée. H. Wiesner la rattache aux constructions de bois de l’Inde du Nord des époques Ku ル ユa et Gupta. Des traditions semblables se retrouveraient en plusieurs régions périphériques de l’empire (Kar ユa レ ka, Bengale) et jusqu’en Inde du Sud (Kerala). Le vocabulaire décoratif des parties sculptées renvoie effectivement aux arts ku ル ユa, gupta et p la. Il convient cependant de noter la présence d’architectures originales en bois dans d’autres basses vallées du complexe himalayen (Ka ごm 稜r, Him chal Pradesh).

Quelle qu’en soit la provenance, l’emploi du terme «pagode», pour définir les temples newar de type «dega», doit être résolument écarté. Il sous-entend en effet une origine extrême-orientale, des techniques de construction différentes et une affectation exclusivement bouddhique. Ce triple corollaire est contraire à tout ce que l’on sait des dega.

La fragilité des matériaux, les dégâts causés par les moussons, l’insuffisance des fondations dans un pays sujet à de fréquents séismes, parfois très dévastateurs comme en 1934, nécessitent des travaux d’entretien constants, supportés le plus souvent par des associations religieuses (gu レhi ), ainsi que des reconstructions périodiques. Des inscriptions commémorent les réfections les plus importantes. Ces réfections, plus ou moins conformes au modèle antérieur, posent de délicats problèmes de chronologie. La relation de l’expédition chinoise de 648 du général Wang Xuance, reprise dans La Nouvelle Histoire des Tang , signale l’existence à l’intérieur du palais du roi du Népal d’une tour de sept étages. Aucune architecture ne semble antérieure à l’invasion du sult n Shams un-d 稜n Ily s du Bengale (1342-1357), vers 1349. Les temples supposés reproduire les modèles les plus archaïques, quoique de nombreuses fois reconstruits, ne possèdent que deux étages (Pa ごupatin th à Deopatan, vers 1360; Pa ごupatin th à Bhadgaon et Ch face="EU Updot" 臘gu N r ya ユa à Changu, tous deux de la fin du XIVe s.). L’étage le plus élevé correspond à la cella. La toiture inférieure repose sur les murs extérieurs qui délimitent un couloir de circumambulation. Si le plan carré semble de règle, il existe quelques structures de type dega de plan barlong. Ces sanctuaires sont consacrés à Bhaïrava, aspect farouche de えiva (Bagh Bhaïrava à Kirtipur, 1513?; K si Vi ごvan th à Bhadgaon, fin XVIIe s.). Certains temples dédiés à K リルユa sont de plan octogonal (Cas 稜 dega à K thm ndu, 1649).

Quelques sanctuaires, n’appartenant pas au type dega, montrent la variété des partis utilisés au milieu du XVe siècle et l’ingéniosité de leurs constructeurs: le Datt traya (Bhadgaon) dans sa forme primitive était un abri à trois étages pour les pèlerins (ma レh ). Le K ルレha ma ユボapa (K thm ndu), ma ユボapa de très grande taille, n’a aucun mur porteur. Ses toitures ne reposent que sur des piliers de bois.

D’autres édifices, appelés p 稜 レh , de plan barlong, ne possèdent qu’un mur porteur, celui du fond. Des piliers supportent la toiture sur les autres côtés. Dédiés à des déesses sivaïtes, ils sont élevés dans des sites agrestes (B la kum r 稜 près de Patan, 1622; Vajrav r h 稜 près de Chapagaon, 1665).

S’il est actuellement hasardeux de tenter de tracer l’évolution de l’architecture newar, deux tendances semblent cependant s’accuser avec le temps : la multiplication du nombre des toitures et l’introduction de plus en plus fréquente de soubassements à gradins. Le Taleju Bhav ni, attenant au palais de K thm ndu, présente, dès 1576, une structure à trois étages de toitures, juchée sur une pyramide à sept gradins et dominant la cité. Pour certains bâtiments relativement documentés, on remarque que des étages supplémentaires étaient ajoutés lors d’une réfection (Kumbe ごvara à Patan, vers 1700; K si Vi ごvan th à Bhadgaon, 1718). À partir du XVIIe siècle, on rencontre des temples à deux ou trois étages dont la toiture inférieure repose sur des piliers et abrite ainsi une galerie périphérique (Vi ごvan th à Patan, 1626).

Les gradins de pierre multipliés supportent la plupart du temps des sanctuaires sivaïtes. Ils représentent alors le mont Kaïla ごa, demeure de えiva dans l’Him laya (Maju dega à K thm ndu, 1692). Le Ny tapola de Bhadgaon (1702), dega à cinq toitures dressé sur une pyramide à cinq degrés, est l’aboutissement de cette double évolution. Lorsqu’un temple possède des toitures aussi complexes, les derniers étages sont fictifs et prennent appui par un jeu de poutres sur l’étage inférieur.

Au XVIIe siècle, des types architecturaux nouveaux, adaptés de modèles indiens, font leur apparition. Le Mah bauddha (1601), à Patan, s’inspire du sanctuaire de Bodhgay . Des temples hindous, souvent d’obédience visnouite, construits en pierres, possèdent de hautes toitures curvilignes ( ごikhara ). Ils peuvent être garnis de légers pavillons à colonnes, comme au Rajasthan et dans l’Inde moghole. Ainsi, le K リルユa et R dh mandir (1637), à Patan, est ceint d’une galerie périphérique. Son aspect aérien peut le rapprocher de deux monuments moghols: le Panch mahal de Fatehpur Sikri (avant 1574) et le tombeau d’Akbar à Sikandra (1613). Certains temples à ごikhara possèdent des soubassements à gradins multipliés (Vatasal dev 稜, à Bhadgaon, fin XVIIe s.), d’autres sont de plan octogonal (tombeau de K リルユa, place du palais de Patan, 1723).

Des sanctuaires hindous, consacrés à un même dieu ou à un groupe de divinités, sont répartis dans la vallée à la manière d’un ma ユボala. Les ensembles les plus connus sont dédiés à Vi ルユu, à Ga ユe ごa, et dans la ville de Bhadgaon et ses environs aux m t リk .

Dans les agglomérations, plus d’une trentaine de ma レh , aux façades richement décorées, servent de demeure à certains desservants hindous (mahanta ). Leur plan s’apparente aux habitations laïques. Plusieurs, dont le Puj ri ma レh (1763), se dressent autour de Tachapal Tol (Bhadgaon).

Les capitales des rois Malla (K thm ndu, Patan, Bhadgaon), autrefois fortifiées, partagées en îlots (tol ) et en quartiers possédant chacun leurs temples pourvus de nombreux bassins (pra ユ l 稜 ) et fontaines (hi レi ), ont pour centre politique et administratif la demeure du souverain (layku, darb r ). Ces palais comprenaient originellement trois cours, dont une pour les bains rituels du souverain, des temples, dont celui de la déesse Taleju, et des appartements. Un jardin occupait l’arrière de l’enclos. À Bhadgaon, le «Palais aux cinquante-cinq fenêtres» (1697) possède à l’étage une galerie peinte conduisant à la chambre du roi. Sur la place qui s’étend devant le palais sont élevés les plus beaux temples de la cité.

Cette architecture newar se prolonge après 1768, sous la dynastie Gurkha, en particulier à K thm ndu: nouveaux aménagements au palais dès 1769 – Nava yogin 稜 à Maru Tol – Sundh r de Bhimsen Thapa. Quelques palais de styles occidentaux sont construits durant la première moitié du XIXe siècle (Hari-bhavan, 1805, Sil-kh na, aujourd’hui National Museum, 1819; N r ya ユ hi レ 稜 darb r, longtemps résidence royale, 1847). Ils se multiplient à la fin du siècle (Sinha darb r, 1903) et présentent, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, un panorama assez complet des divers courants de l’architecture anglo-indienne.

Influence de l’art newar

La réputation des artisans newar gagnera le Tibet et même la Chine. Le bronzier Anige (1243-1306), mandé par Kubilaï (1216-1294) à Beijing, dressa, entre autres, les plans du «st pa blanc» (baida ) du Miaoying si (1271?). De nombreuses statuettes de bronze, réalisées en particulier sous les règnes de Yongle (1403-1424) et de Qianlong (1736-1796), prolongent l’esthétique sino-népalaise de l’époque Yuan (1279-1368).

L’art newar influencera considérablement l’art tibétain du XIVe au XVIe siècle (aménagement du sanctuaire de Ngor, 1429). Les bronziers et orfèvres de la vallée de K thm ndu travailleront en grand nombre au Tibet méridional et central jusqu’au XXe siècle. Ils obtiendront même au XVIIe siècle un statut juridique particulier.

Art et archéologie hors de la vallée de K size=5thm size=5ndu

L’art des autres régions du Népal est mal connu. Au sud, le Teraï, par son relief et son climat, participa durant des siècles à la culture de l’Inde. À Lumbin 稜, lieu de naissance du Buddha え kyamuni, un célèbre pilier élevé par A ごoka des Maurya (IIIe s. av. J.-C.), un temple, un monastère et de nombreux st pa témoignent de l’activité de ce site du IIIe siècle avant J.-C. jusqu’à l’époque médiévale. Le site de Tiraulakot, identifié parfois comme l’antique Kapilavastu, a livré des fortifications, des poteries et des figurines de terre cuite des époques Maurya, えunga et Ku ル ユa.

À l’ouest du pays, dans la vallée de Karnal 稜, la dynastie des Malla de l’Ouest éleva de nombreux temples à ごikhara (deval ), particulièrement dans les districts de Dailekh, Dullu, Accham et Jumla. La plupart ont des dates qui s’échelonnent du XIIe siècle au XIVe siècle. Cette tradition se prolongea jusqu’au XVIe siècle. Les arêtes aiguës des toitures de ces sanctuaires et une partie de leur décor sculpté les apparentent aux fondations des Siwalik indiens (Mandi ). Dans le royaume rival de Kumaon, sur l’autre rive de la Mah k l 稜, des temples de même style remontent à la fin de l’époque Katy r 稜 (XIe-XIVe s.).

Dans le nord du pays, des communautés tibétaines développent leurs propres traditions, particulièrement dans les districts de Humla, de Dolpo (sculptures de bois), de Sindhu-Palchok et de Solu-Khumbu où les bâtiments couverts de toits à rampants s’apparentent aux architectures bhutanaises.

5. Les littératures du Népal

Les littératures de la trentaine d’ethnies qui peuplent le Népal se répartissent en deux groupes: les traditions orales des tribus et les littératures orales et écrites inspirées des modèles indiens et, accessoirement, tibétains.

Les traditions orales des tribus

Les populations autochtones sont divisées en vingt-cinq tribus qui regroupent 20 p. 100 de la population du pays. Leurs littératures, purement orales, sont certainement les plus originales; elles sont transmises dans leurs chants et surtout dans les textes rituels mémorisés par leurs prêtres et leurs chamans. Elles sont très inégalement connues. Les tribus du Teraï (qui parlent des langues austro-asiatiques ou ont adopté des langues indo-aryennes) restent à étudier. Le répertoire des tribus des montagnes (de langues tibéto-birmanes) a été exploré dans ses grandes lignes, notamment chez les Limbu et les Raï à l’est, les Tamang et Gurung au centre, les Magar à l’ouest. Il comprend d’un côté une cosmogonie, une géographie religieuse ainsi que les légendes des divinités, constituant une véritable mythologie; de l’autre côté l’histoire de chaque tribu avec les épisodes de ses migrations et de l’implantation de ses clans dans son territoire. Ces littératures n’ont jamais été fixées par écrit, sauf récemment et très partiellement chez les Limbu; leurs véritables dimensions n’ont été révélées qu’à partir des années 1960 par les ethnologues travaillant sur la possession et le chamanisme.

Littératures d’inspiration indienne

Les gens de caste (79 p. 100 de la population totale) sont répartis en quatre ethnies: Hindous de la Plaine (21 p. 100), Musulmans (4 p. 100), Newar (3 p. 100) et Indo-Népalais ou Gorkhali (51 p. 100). Ils sont d’origine indienne et parlent des langues indo-aryennes à l’exception des Newar, autochtones de la vallée de Katmandou qui ont gardé leur langue tibéto-birmane; ils suivent tous, Newar compris, les modèles littéraires oraux et écrits de l’Inde classique et moderne.

Sanskrit

Ils ont (Musulmans exceptés) une langue savante commune, le sanskrit. Le Népal est resté une bibliothèque de l’Inde classique hindoue et bouddhiste. Les Népalais y ont ajouté leur propre contribution à la littérature sanskrite: de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, seules les inscriptions ont survécu: des livres originaux écrits entre le XIVe et le XXe siècle sont préservés. Ils émanent surtout des Newar, mais aussi des Hindous de la Plaine et, plus tard, des Indo-Népalais. Parmi toutes ces œuvres religieuses, scientifiques et littéraires, on notera l’abondance de la production théâtrale ainsi que deux catégories de textes qui concernent le pays: les m h tmya et pur ユa retraçant sa géographie religieuse et les légendes qui y sont liées; puis les va ュsaval 稜 , chroniques dynastiques relativement exactes et périodiquement remises à jour.

Le développement des littératures en langues vernaculaires à partir du XVe siècle va donner naissance en territoire népalais à trois littératures qui s’expriment en des idiomes distincts.

Hind size=4稜 et urd size=4

Hindous de la Plaine et Musulmans ont comme langue maternelle trois dialectes du hind 稜: ce sont d’ouest en est l’awadh 稜, le bhojpuri et le maithil 稜; tous, Musulmans compris, utilisent la riche littérature orale de ces dialectes qui comprend notamment plusieurs épopées. Ils lisent aussi la littérature écrite dans ces dialectes entre le XVe et le XIXe siècle; la contribution propre des habitants du territoire népalais n’est pas connue, sauf pour le maithil 稜, qui était utilisé non seulement dans le Teraï mais dans les cours newar de la vallée de Katmandou.

La lingua franca du Teraï est l’hindoustani; il est appelé urd par les Musulmans qui l’écrivent en caractères arabo-persans; et hind 稜 par les Hindous de la Plaine qui utilisent les caractères devanagaris. Les Musulmans utilisent l’urd pour leurs activités religieuses et littéraires; les Musulmans du Népal n’ont produit en cette langue que des chants dévotionnels et un récit de voyage au Tibet. Les Hindous de la Plaine écrivent aujourd’hui en hind 稜 standard; leur contribution propre à la littérature hind 稜 n’est pas connue; les autorités découragent d’ailleurs l’usage de l’hind 稜 au profit du nepal 稜.

Newar size=4稜

La littérature newar 稜 s’est développée sous la double influence des modèles sanskrits et maithil 稜. Elle a prospéré dans sa période classique (XVe-XVIIIe s.) grâce au patronage des rois Malla dont plusieurs étaient eux-mêmes littérateurs. À côté des textes religieux (hindous et bouddhistes) et techniques apparaissent des textes littéraires: chants de dévotion et d’amour et, surtout, pièces de théâtre où, sur une trame en maithil 稜 (ou bengal 稜), sont insérés des dialogues et des chants en newar 稜. La seconde originalité de la littérature newar 稜 est, après le théâtre, la production historique: chroniques et surtout journaux (thyasapu ) où les lettrés notaient au jour le jour des événements marquants. Après la chute des rois newar en 1768-1769, cette littérature perdit ses mécènes et subit une éclipse; la tradition orale des chants et du théâtre est restée cependant vivace. On assiste depuis 1951 à une renaissance de la littérature écrite, dans le cadre notamment de l’Association newar 稜 (nep l bh ル pari ルad ) fondée et animée par le doyen des poètes newar, Chattadhar Hriday.

Nepal size=4稜

En unifiant le Népal voici deux siècles, les Indo-Népalais ont imposé leur langue, le nepal 稜, comme langue officielle permettant l’émergence de la littérature nepal 稜 comme tradition distincte.

La littérature orale, bien conservée dans l’Ouest du pays, comprend, outre les contes et les chants lyriques, des récits chantés épiques et religieux exécutés par des bardes intouchables; les ancêtres de la dynastie régnante y ont ajouté, au centre du pays, des ménestrels qui chantent leur histoire et leurs hauts faits.

La littérature écrite prend corps à partir de la fin du XVIIIe siècle. Viennent d’abord des textes poétiques et religieux à peine démarqués de leurs modèles sanskrits ou hind 稜; plus originaux sont la divya upadesh , autobiographie de Prithvi Narayan, et la gorkh va ュsaval 稜 , chronique de la nouvelle dynastie. Le premier grand littérateur est le poète Bh nu Bhakta c rya (1814-1866) dont le r m ya ユa est encore récité. Le polygraphe Moti R m Bha a (1866-1896) fut le premier à imprimer et à diffuser la littérature nepal 稜 jusqu’alors manuscrite. Cette impulsion fut relayée au début du XXe siècle par l’officiel Comité pour la diffusion du nepal 稜 (créé en 1913) et par des opposants exilés en Inde. Depuis 1957, l’impulsion unique vient de l’Académie royale du Népal. Les genres nobles restent la poésie, le théâtre (d’ailleurs rarement joué) et l’épopée; s’y sont illustrés Lekhn th Pau ボy l (1884-1965), Lak ルm 稜 Pras d Devko レ (1909-1959), B l K リi ルユa Sama (né en 1902) entre autres. Des genres nouveaux inspirés de l’Occident (romans, nouvelle, essai...) se développent aussi. Plus que dans les genres nobles, l’originalité de la littérature nepal 稜 se manifeste dans les genres mineurs comme le roman fantastique (v 稜r caritra de Gir 稜 ご Ballabh Jo ご 稜, en 1907), les nouvelles à caractère social (s m jik kah n 稜 de Bh 稜m Nidhi Tiw r 稜), les contes et les écrits d’historiens comme B bu R m c rya (né en 1887).

Littératures d’inspiration tibétaine

Les Bhote de la frontière nord, venus du Tibet au cours des six derniers siècles, représentent 1 p. 100 de la population du Népal. Ils ont conservé leur culture tibétaine: ils conservent des littératures orales dans leurs divers dialectes, et leurs lettrés, qui sont des lamas, lisent et recopient la littérature tibétaine classique. Ils y ont ajouté quelques contributions originales: guides de pèlerinage, histoires de l’introduction du bouddhisme dans leur territoire, biographies de lamas... Deux tribus des montagnes moyennes, les Gurung et les Tamang, pratiquent aussi le bouddhisme tibétain concurremment avec le chamanisme; leurs lamas, surtout chez les Tamang, ont écrit quelques textes en tibétain, notamment sur l’implantation des clans et sur la diffusion du bouddhisme.

Népal
(royaume du) (Srî Nepalâ Sarkâr), état d'Asie situé, au coeur de l'Himalaya, entre la Chine, au N., et l'Inde, au S.; 140 797 km²; 17 400 000 hab. (croissance: 2,5 % par an); cap. Katmandou. Nature de l'état: monarchie constitutionnelle. Langue off.: népalais. Monnaie: roupie népalaise. Relig.: hindouisme (relig. off., 82 %), bouddhisme (16 %), islam. Géogr. et écon. - Le relief s'ordonne du S. au N. en bandes parallèles. Le Teraï est un piémont marécageux bordant la plaine du Gange; il est adossé à la chaîne des Siwaliks (2 000 m), suivie au N. du Moyen Himalaya (plus de 3 000 m). Le climat de mousson (fortes précipitations d'été) produit la forêt tropicale. Au N., le Moyen Pays, aux températures plus saines, inclut de larges bassins (de Katmandou, notam.). Il est dominé par le Haut Himalaya (neiges, glaciers), que coupent d'impressionnantes vallées et qui compte les plus hauts sommets du monde (Everest, Annapûrnâ); une chaîne moins élevée fait ensuite transition avec le Tibet. La pop., concentrée dans le Teraï (riz, canne à sucre, jute) et les bassins du Moyen Pays (céréales, pomme de terre) comprend de nombr. ethnies; majoritaires, les Indo-Népalais, hindouistes, ont imposé le système des castes. Le Népal est l'un des rares pays qui vivent encore d'une écon. agraire traditionnelle (90% de ruraux). De rares lieux se sont ouverts au monde avec le tourisme (Katmandou, alpinisme). Un élevage important complète les cultures vivrières. Des tapis sont exportés. Le potentiel hydroélectrique est peu exploité; l'absence de routes limite le développement. Dépendant de l'Inde et, secondairement, de la Chine, le Népal fait partie des pays les plus misérables du monde (75 % d'analphabètes). Hist. - Jusqu'au XVIIIe s., de nombr. principautés se partagèrent le territ. En 1768, des guerriers hindous, les Gurkhas, unifièrent le pays, sous la conduite de Prithuri Narayana, dont les descendants règnent encore. Après plusieurs échecs milit. (1767-1814), les Brit. étendirent leur influence, grâce au soutien de la famille Rânâ qui exerçait le pouvoir ("maires du palais") depuis 1846. Dès 1923, l'indépendance du pays fut reconnue. En 1951, le roi évinça les Rânâ et accorda une Constitution, mais le régime fut autoritaire de 1960 à 1990: le roi Birendra Bir Bikram (monté sur le trône en 1972) accepta le retour à la démocratie après trente ans de pouvoir absolu. En 1994, le Parti marxiste-léniniste uni (U.M.L.) gagna les élections, mais il n'entra au gouv. qu'en 1997. L'instabilité gouvernementale est grande (trois cabinets en 1997).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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